Categories
Bien choisir sa voyance

Rituel facturé, escalade, prélèvements cachés : comment ces arnaques marchent, et les recours réels quand l’argent est déjà parti. Par une voyante.

Il y a des appels qui ne sont pas des consultations. Quelqu’un s’excuse d’appeler pour ça, et raconte qu’il a payé ailleurs. Pas 30 euros. Souvent quelques centaines, parfois plusieurs milliers, pour un rituel ou une protection. La question n’est jamais « qu’est-ce que vous voyez », c’est « est-ce que je peux récupérer mon argent », puis, plus bas, « est-ce que j’ai été bête ».

Non. Et cet article existe pour ça.

Comment ces montages fonctionnent, pourquoi ils marchent sur des gens lucides, et ce que vous pouvez faire une fois l’argent parti. La profession n’aime pas voir ce texte écrit par des praticiennes. Angella Pascazio, qui dirige le cabinet, a tranché : il est publié quand même. Nous ne sommes ni avocates ni juristes : ce qui suit donne des repères et des démarches réelles, il ne remplace pas l’avis d’un avocat, et au-delà de quelques centaines d’euros, c’est par là qu’il faut commencer.

La voyance est légale en France. L’escroquerie ne l’est pas

Autant le poser en premier. Exercer la voyance en France est licite : on déclare son activité, on paie ses cotisations et ses impôts, comme un coiffeur. Il n’existe pas de délit de voyance.

Ce qui est puni est ailleurs. Tromper par des manœuvres frauduleuses pour se faire remettre de l’argent, c’est l’escroquerie, article 313-1 du code pénal. Profiter de l’état de faiblesse ou d’ignorance d’une personne pour lui faire accomplir un acte gravement préjudiciable, c’est l’abus frauduleux de faiblesse, article 223-15-2. Mentir sur la nature du service, ou exercer une pression qui ne laisse plus de liberté de choix, relève des pratiques commerciales trompeuses ou agressives, sanctionnées par le code de la consommation.

La frontière est nette, et ce n’est pas celle qu’on croit. Elle ne passe pas entre ceux qui croient à la voyance et ceux qui n’y croient pas. Elle passe entre un service payé pour ce qu’il est et une manipulation payée pour ce qu’elle n’est pas. Une consultation vendue comme telle, à prix annoncé et durée connue, est un service ordinaire. Un rituel vendu comme le seul moyen d’éviter un malheur qu’on vient de vous annoncer est une vente sous contrainte psychologique.

Les six montages qui reviennent

Ils ne sont pas nombreux et ils ne changent pas. Ce qui change, c’est l’habillage.

Le rituel, le désenvoûtement, la protection

Le plus rentable, de loin. On vous annonce un problème que vous n’aviez pas identifié : un blocage, un mauvais œil, quelqu’un qui vous veut du mal. Le diagnostic est gratuit ou presque. La solution est payante, et son prix n’a aucun rapport avec un tarif horaire : il est calibré sur ce que vous semblez pouvoir sortir. D’où les questions sur votre situation, posées avant le montant.

Aucun praticien sérieux ne facture un rituel. Aucun. Nous ne connaissons pas d’exception honnête à cette règle et nous n’en cherchons pas.

L’escalade

Le piège n’est pas la première somme, souvent modeste. C’est la deuxième. Le rituel n’a pas fonctionné parce que la résistance était plus forte que prévu, il faut un second travail, plus puissant. Puis un troisième. Chaque montant est présenté comme le dernier, et chaque paiement rend le suivant plus dur à refuser : renoncer reviendrait à admettre que les précédents étaient perdus. C’est ce mécanisme, pas la crédulité, qui produit les dossiers à 10 000 euros. Personne ne décide de payer 10 000 euros. On décide onze fois de payer 900 euros.

Le numéro surtaxé conçu pour faire durer

Ici, le produit vendu, c’est la minute. Le praticien n’est pas payé pour vous répondre, il est payé pour que vous restiez en ligne. La signature du montage : des silences, des questions retournées, une réponse qui arrive juste après le prochain palier. L’inverse d’un forfait, où le cabinet touche la même somme que l’échange dure douze ou dix-huit minutes. Nos forfaits de 19,50 € à 93 €, durée annoncée à l’avance, existent pour cette raison, et nous avons détaillé ce que coûte réellement une consultation selon le mode de facturation.

L’abonnement que personne n’a accepté

Vous payez une consultation. Le mois suivant, un prélèvement revient. Parfois 19 euros, parfois 49, assez petit pour passer inaperçu. Le consentement, quand il existe, était enterré dans une case pré-cochée. Ce montage ne vise pas la grosse prise, il vise la durée : douze prélèvements de 29 euros sur mille personnes, c’est un modèle économique. Relisez vos relevés des six derniers mois ligne par ligne, c’est le conseil le plus rentable de cette page.

Le faux praticien qui emprunte un nom connu

Nom, photo, parfois les avis recopiés mot pour mot. Vous croyez consulter une praticienne dont vous avez entendu parler, vous consultez quelqu’un dont vous ne saurez jamais l’identité. Le signe qui ne trompe pas, c’est le canal : on vous fait quitter la plateforme pour WhatsApp, Telegram, un numéro personnel. Et le paiement passe par un moyen sans trace exploitable, virement instantané, cartes prépayées, cryptomonnaie. Une structure avec un SIREN et des mentions légales ne vous demandera jamais de payer en cartes cadeaux.

Le démarchage qui commence après le premier contact

Vous avez consulté une fois, ou seulement rempli un formulaire pour un tirage gratuit. Ensuite arrivent les messages. Un signe important vous concernant. Une date à ne pas manquer. Une énergie négative autour de vous. Marketing d’urgence automatisé, envoyé à des milliers de personnes, dont l’objet unique est de recréer l’anxiété qui déclenche l’appel. Un cabinet honnête vous laisse revenir quand vous le décidez. Il ne vous relance pas en annonçant un danger.

Ceux que ça touche

Une idée reçue à casser, parce qu’elle empêche les gens de porter plainte : les personnes qui se font prendre ne sont pas plus naïves que les autres. Il y a parmi elles des cadres, des soignantes, des chefs d’entreprise, des gens dont le métier consiste à repérer qu’on leur ment. Ce qui les rend vulnérables n’est pas leur caractère, c’est un moment : un deuil, une rupture, un diagnostic, un licenciement, une période d’isolement où plus personne ne rappelle. Là, la capacité à évaluer froidement une proposition tombe, chez tout le monde.

Les escrocs le savent. Ils ne ciblent pas des profils, ils ciblent des situations, et vont chercher les gens là où la douleur est déclarée : groupes de soutien, publications de séparation, forums de maladie. Vous n’avez pas été choisi pour ce que vous êtes, vous avez été trouvé au moment où n’importe qui aurait été fragile. C’est aussi ce qui sépare une arnaque ponctuelle d’une dépendance à la voyance installée sur des mois, qui relève d’un autre mécanisme.

La honte, c’est leur meilleure assurance

La majorité de ces affaires ne remonte jamais. Pas par manque de preuves : par honte.

On ne dit pas à son conjoint qu’on a payé 4 000 euros pour un désenvoûtement. Encore moins à un gendarme. On absorbe la perte en silence plutôt que de la formuler à voix haute devant quelqu’un en uniforme.

C’est là-dessus que le montage est bâti. Celui qui vous fait payer un rituel vend deux choses : la prestation imaginaire, et votre silence. Le silence fait partie du produit. Le jour où vous portez plainte, vous lui reprenez la moitié de ce qu’il vous a pris.

Ce que vous pouvez faire, dans l’ordre

Rassembler les preuves avant tout le reste

Faites-le maintenant : ce qui disparaît en premier, ce sont les conversations. Relevés bancaires avec les lignes repérées, captures de tous les échanges (photographiez l’écran entier plutôt que de recadrer, pour garder dates et identifiants visibles), historique d’appels avec les durées, factures, adresse du site et captures de ses pages. Ces sites changent de nom et disparaissent vite. Un dossier constitué le jour où vous comprenez vaut dix fois le même reconstitué trois mois plus tard.

Votre banque, tout de suite

Si un prélèvement revient ou si une carte a été enregistrée, appelez votre banque et confirmez par écrit derrière. Un prélèvement SEPA que vous n’avez jamais autorisé se conteste, et le délai court à compter de la date du débit. Il diffère selon que le prélèvement était autorisé ou non, et nous n’allons pas donner un chiffre approximatif là où l’approximation vous coûterait le remboursement : demandez ce délai à votre conseiller, par écrit. Demandez en même temps le blocage du mandat, sans quoi le prochain prélèvement repartira. Pour une carte, signalez toute opération non autorisée et faites opposition.

Signaler sur SignalConso

SignalConso est le service public de signalement de la DGCCRF, la répression des fraudes. Gratuit, en ligne, il alerte l’entreprise visée et alimente les remontées qui déclenchent les contrôles. Ce n’est pas une plainte et ça n’ouvre pas droit à remboursement. Un signalement seul ne fait rien. Quarante signalements sur le même site font une enquête.

Déposer plainte

La plainte se dépose dans n’importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, sans condition de domicile, ou par courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire. Un point que beaucoup ignorent : un dépôt de plainte ne peut pas être refusé. Police et gendarmerie ont l’obligation de la recevoir, même si l’affaire paraît difficile à faire aboutir, même si l’auteur est à l’étranger, même si la somme vous semble petite. Si on tente de vous en dissuader, demandez posément l’enregistrement, ou écrivez au procureur en recommandé. Décrivez les faits par ordre chronologique, dates, montants et moyens de paiement, sans commentaire.

Ne pas rester seul dans la démarche

Une association agréée de défense des consommateurs peut vous aider à rédiger votre réclamation, à qualifier les faits et à relancer un professionnel qui ne répond plus. Utile quand la structure est identifiable, moins quand tout s’est joué sur une messagerie. Pour les SMS et appels frauduleux, le 33700 permet de signaler gratuitement les numéros. Et un avocat reste la bonne porte : c’est lui, pas nous, qui vous dira ce que votre dossier vaut.

Et ensuite, ne pas y revenir

Beaucoup arrêtent complètement après une mauvaise expérience. C’est sain, et nous n’allons pas vous en dissuader.

Si vous reconsultez un jour, trois vérifications écartent presque tout ce qui précède. Le prix complet affiché avant l’engagement, durée comprise, lisible sans avoir à le demander. Rien qui se vende après la consultation, aucun rituel, aucune protection, à aucun prix. Une identité vérifiable : société, mentions légales, fiche praticienne avec son historique d’avis, comme la fiche d’Angella Pascazio et ses 592 avis. Deux minutes. Le reste est dans les critères qui permettent de reconnaître un voyant honnête avant de payer et dans les phrases qu’un praticien honnête ne prononcera jamais, les signaux les plus rapides à repérer en conversation. Et si votre sujet est sentimental, terrain où l’on vend le plus de faux remèdes, comment poser les bonnes questions en voyance amoureuse.

Une dernière chose. Si vous traversez un deuil, une dépression ou une détresse, la voyance n’est pas l’outil dont vous avez besoin en premier, et nous le disons à nos propres consultants. Un médecin, un psychologue, une association d’écoute font un travail que nous ne prétendons pas faire. Il nous arrive de raccrocher en le disant.

Questions fréquentes

La voyance est-elle légale en France ?

Oui. Exercer la voyance est une activité licite en France, déclarée et imposée comme n’importe quelle prestation de service. Il n’existe pas de délit de voyance. Ce qui est puni, c’est l’escroquerie (article 313-1 du code pénal), l’abus frauduleux de l’état de faiblesse ou d’ignorance (article 223-15-2 du code pénal) et les pratiques commerciales trompeuses ou agressives prévues par le code de la consommation. La loi ne juge pas la voyance, elle juge la manière dont elle est vendue.

Peut-on se faire rembourser après une arnaque à la voyance ?

C’est possible, jamais automatique, et cela dépend surtout du moyen de paiement. Un prélèvement SEPA que vous n’avez pas autorisé se conteste auprès de votre banque, dans un délai qui court à partir de la date du débit et qu’il faut faire préciser par votre conseiller pour votre cas exact. Un paiement par carte non autorisé se signale immédiatement à la banque, avec opposition. En revanche, un virement effectué volontairement vers un inconnu, un paiement en cartes prépayées ou en cryptomonnaie est très difficile à récupérer, ce qui rend le dépôt de plainte et la constitution du dossier d’autant plus importants.

Comment porter plainte contre un voyant ?

Rassemblez d’abord vos preuves : relevés bancaires, captures d’écran des échanges, historique d’appels, factures, adresse du site. Rendez-vous ensuite dans n’importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, quel que soit votre lieu de résidence, ou adressez un courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire en joignant vos pièces. Le dépôt de plainte ne peut pas vous être refusé. Signalez en parallèle les faits sur SignalConso, le service de la DGCCRF, ce qui permet de recouper plusieurs victimes du même site.

Que faire si un voyant me réclame de l’argent pour un rituel ?

Arrêtez de payer et coupez le contact, sans négocier et sans annoncer que vous allez porter plainte. Aucun praticien sérieux ne facture un rituel, un désenvoûtement, une protection ou une levée de blocage : c’est le signe d’arnaque le plus fiable qui existe dans ce métier. Conservez toutes les preuves, contestez les prélèvements auprès de votre banque, signalez sur SignalConso et déposez plainte. Si l’on vous a annoncé un malheur pour justifier le paiement, sachez que la peur créée puis monnayée est précisément ce que le droit qualifie de pratique commerciale agressive.

Comment reconnaître un faux voyant qui usurpe l’identité d’un praticien connu ?

Trois signaux se recoupent presque toujours. On vous fait quitter la plateforme officielle pour un numéro personnel, WhatsApp ou Telegram. On vous demande un moyen de paiement intraçable : virement instantané, cartes prépayées, cryptomonnaie. Et aucune structure identifiable n’apparaît nulle part, ni société, ni SIREN, ni mentions légales, ni adresse. Vérifiez toujours que vous êtes sur le site officiel du cabinet et que la fiche du praticien y existe avec son historique d’avis.

Un dépôt de plainte peut-il être refusé par la police ou la gendarmerie ?

Non. Les services de police et de gendarmerie ont l’obligation de recevoir votre plainte, quel que soit le montant en jeu, même si l’auteur est inconnu ou situé à l’étranger, et même s’ils estiment que l’affaire a peu de chances d’aboutir. Ils peuvent seulement vous orienter vers le service compétent. En cas de difficulté, envoyez votre plainte par lettre recommandée avec accusé de réception au procureur de la République du tribunal judiciaire, en joignant l’ensemble de vos pièces.

By L'équipe Angella Pascazio Voyance

Les contenus du blog sont rédigés par l'équipe du cabinet Angella Pascazio Voyance, à Nice, à partir des questions que nous recevons le plus souvent en consultation. Le cabinet réunit une douzaine de praticiennes qui consultent par téléphone, par chat et par mail. Prix annoncés avant l'appel, aucun rituel vendu, aucune prestation ajoutée en cours de consultation.